À l’approche de la Mission économique belge à Conakry, BG Initiatives donne la parole à Maître Guillaume Tefengang, qui sera présent à Conakry, avocat au Barreau de Bruxelles et fondateur de T-LEX. Basé à Bruxelles, il intervient régulièrement dans de nombreux pays africains, notamment en Afrique de l’Ouest et en Afrique centrale, auprès d’entreprises européennes, de groupes africains, d’investisseurs et d’acteurs institutionnels.
 

Son expertise couvre notamment le droit international des affaires, le droit OHADA, les contrats, les fusions-acquisitions, l’arbitrage, la conformité, les opérations immobilières et les secteurs des mines et de l’énergie. L’approche de T-LEX se veut résolument transversale et orientée vers la sécurisation juridique de projets économiques complexes, souvent menés dans des environnements multi-juridictionnels.

 

Très présent sur le continent, Maître Tefengang poursuit actuellement ses rencontres et missions à Abidjan. Son regard, nourri par une pratique de terrain entre l’Europe et l’Afrique, éclaire les profondes transformations à l’œuvre en Guinée ainsi que les perspectives ouvertes aux entreprises qui souhaitent y développer des projets solides, responsables et durables.

 

« La Guinée démontre qu’il n’existe pas de fatalité »

 

BG Initiatives — Quel regard portez-vous aujourd’hui sur la Guinée et sur l’énergie qui semble s’y déployer ?

 

Maître Guillaume Tefengang — La Guinée est, à mes yeux, la démonstration qu’il n’existe pas de fatalité. Pour reprendre une formule chère à nos amis anglo-saxons : never give up.

 

Il y a encore quelques années, nombreux étaient ceux qui portaient un regard pessimiste sur le pays. Les Guinéens eux-mêmes pouvaient parfois être raillés à l’étranger, comme si le potentiel considérable de la nation ne pouvait jamais se traduire dans les faits. Or, la situation évolue. La Guinée avance, affirme ses ambitions et retrouve progressivement la place que ses ressources, sa population et sa position géographique lui permettent de revendiquer.

 

Aujourd’hui, le pays devient l’un des nouveaux centres de gravité économiques du continent, aux côtés notamment de la République démocratique du Congo. La comparaison s’impose par la puissance de leurs ressources minières respectives, mais la Guinée présente également une caractéristique essentielle : les autorités de Conakry exercent une maîtrise effective de l’intégrité territoriale. Cette stabilité territoriale est un atout déterminant pour la conduite de projets, l’investissement productif et la construction de partenariats de long terme.

 

L’énergie que l’on ressent actuellement en Guinée ne tient donc pas uniquement aux grands projets. Elle vient aussi d’une volonté collective : celle de transformer le potentiel national en développement économique, industriel et social.

 

« Le secteur minier est un écosystème »

 

BG Initiatives — Vous insistez sur la transversalité du secteur minier. Que recouvre précisément cette notion ?

 

Maître Guillaume Tefengang — On réduit souvent le secteur minier à l’exploitant de la mine. C’est naturellement l’acteur visible, celui qui porte l’investissement majeur, assume le risque géologique, financier et industriel, et pilote la production. Mais une exploitation minière est en réalité le centre d’un écosystème beaucoup plus vaste.

 

Par transversalité, j’entends l’ensemble des entreprises et des acteurs qui, sans être eux-mêmes exploitants miniers, contribuent directement à la mise en valeur de la mine, à son exploitation et à la pérennité de ses activités.

 

Il faut penser aux entreprises de génie civil, de construction, de maintenance, de fourniture d’équipements, de transport, de logistique, d’énergie, de traitement de l’eau, de télécommunications, de sécurité, de formation, de restauration, de santé, de conseil juridique, de finance, d’assurance, de conformité ou encore de gestion environnementale.

 

L’exploitation minière ne fonctionne jamais en vase clos. Elle a besoin de routes, de ports, de voies ferrées, d’énergie fiable, de capacités de stockage, de chaînes d’approvisionnement sécurisées, de main-d’œuvre qualifiée et d’un cadre contractuel clair. C’est cette réalité qui fait du secteur minier un véritable levier de développement transversal.

 

BG Initiatives — Pourquoi cette approche est-elle particulièrement importante pour les entreprises qui regardent la Guinée ?

 

Maître Guillaume Tefengang — Parce qu’elle permet de mieux comprendre où se trouvent les opportunités réelles. L’exploitant minier supporte généralement des investissements très importants et ne commence à dégager des bénéfices qu’après plusieurs années, une fois les infrastructures construites, les opérations stabilisées et la production pleinement engagée.

 

À l’inverse, les fournisseurs et sous-traitants qui disposent d’une offre compétitive, fiable et adaptée peuvent trouver des opportunités dès la phase de préparation et de contractualisation du projet. Cela ne signifie pas que ces activités seraient simples ou exemptes de risques ; elles supposent au contraire de la rigueur, de la capacité financière, une bonne compréhension du contexte local et le respect des exigences de conformité.

 

Mais elles constituent un espace concret pour les PME, les ETI, les entrepreneurs locaux et les partenaires internationaux capables d’apporter des services, des technologies ou des compétences complémentaires.

 

Cette réflexion s’est renforcée lors d’une réunion préparatoire de la Mission économique belge et lors de ma participation au forum minier Indaba en Afrique du Sud. On y mesure pleinement la diversité des métiers et des expertises qui gravitent autour de chaque projet minier. La mine n’est pas seulement un site d’extraction : c’est une chaîne de valeur industrielle, logistique, humaine et territoriale.

 

De Simandou aux PME

 

BG Initiatives — Comment inscrire cette vision dans le contexte guinéen et, notamment, dans la dynamique Simandou 2040 ?

 

Maître Guillaume Tefengang — Les grands projets constituent les fondations. Simandou, les infrastructures ferroviaires et portuaires associées, ainsi que les investissements dans l’énergie et la transformation industrielle, représentent des opportunités historiques pour la Guinée.

 

Mais une économie ne se développe pleinement que lorsque les fondations permettent de construire les étages. Et ces étages seront bâtis par un tissu dense de PME et d’ETI : entreprises de services, sous-traitants spécialisés, fournisseurs, sociétés de maintenance, acteurs du digital, logisticiens, entreprises de formation, cabinets de conseil, industriels de transformation et entrepreneurs locaux.

L’ambition affichée dans le cadre de Simandou 2040 est précisément de transformer la richesse minière en valeur ajoutée nationale, notamment à travers des capacités de transformation, des emplois, des infrastructures et un meilleur accès au financement pour les PME.

 

Le défi consiste donc à éviter une économie uniquement tournée vers l’extraction et l’exportation de matières premières. Les projets miniers doivent devenir des catalyseurs pour les autres secteurs : agriculture, construction, transport, immobilier, énergie, éducation, technologies, santé et services financiers.

 

BG Initiatives — Quel rôle les entreprises européennes peuvent-elles jouer dans ce mouvement ?

 

Maître Guillaume Tefengang — Elles ont un rôle important à jouer, à condition d’aborder la Guinée dans une logique de partenariat, et non de simple opportunité ponctuelle.

Les entreprises européennes peuvent apporter des technologies, des standards de qualité, des outils de financement, de l’ingénierie, des savoir-faire industriels, des méthodes de conformité et une expérience internationale. Mais elles doivent aussi comprendre les réalités locales, travailler avec les acteurs guinéens, former les équipes, favoriser le transfert de compétences et inscrire leur présence dans la durée.

 

Les groupes africains et les entrepreneurs guinéens, quant à eux, ont une connaissance irremplaçable du marché, des usages, des réseaux économiques et des besoins opérationnels. C’est de la rencontre entre ces deux expertises que peuvent naître des partenariats robustes.

 

Faciliter les connexions utiles

 

BG Initiatives — Quel regard portez-vous sur les dispositifs d’accompagnement qui relient la Belgique, la Guinée et les entreprises ?

 

Maître Guillaume Tefengang — Je souhaite saluer le travail de la Délégation économique et commerciale de l’Ambassade de Belgique, qui joue un rôle essentiel dans la mise en relation des acteurs et dans la préparation de rencontres à forte valeur ajoutée.

 

Les différentes entités belges actives en Guinée, dont Enabel, sont également très appréciées. Leur présence, leur connaissance du terrain et leur capacité à faire le lien entre les institutions, les entreprises et les communautés locales constituent des atouts importants pour toute démarche de coopération économique responsable.

 

Je tiens enfin à souligner le travail mené par BG Initiatives. Son rôle est particulièrement utile pour les entreprises qui s’intéressent à la Guinée, mais également pour les acteurs économiques guinéens, les structures étatiques et paraétatiques qui souhaitent identifier des partenaires pertinents et développer des projets concrets.

 

Cette approche centrée sur les PME et les ETI est fondamentale. Les grands projets sont nécessaires : ils apportent les infrastructures et créent un effet d’entraînement. Mais la croissance durable se construit avec un tissu économique diversifié, des entreprises locales capables de monter en compétence et des partenariats internationaux qui créent une valeur réellement partagée.

 

BG Initiatives — Un dernier message à l’attention des entrepreneurs et investisseurs qui envisagent la Guinée ?

 

Maître Guillaume Tefengang — Il faut regarder la Guinée avec lucidité, professionnalisme et ambition. Le pays n’est ni un eldorado automatique, ni un marché à aborder sans préparation. Il exige une stratégie claire, une compréhension juridique et opérationnelle du terrain, des partenaires fiables et une vision de long terme.

 

Mais pour ceux qui sont prêts à travailler sérieusement, à respecter les réalités locales et à contribuer à la création de valeur, la Guinée représente aujourd’hui un espace d’opportunités considérables.

 

La dynamique est là. L’enjeu est désormais de la transformer en projets bien structurés, en entreprises durables et en bénéfices partagés pour l’économie guinéenne.

 

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