Q : Monsieur Cardonne, vous dites souvent que chaque crise « murmure » avant de frapper. Que faut-il entendre par là ?

 

Cyril Cardonne : Chaque crise, que ce soit une fraude interne, une faille en sûreté ou un choc psychologique, laisse des signaux faibles. Ces murmures sont souvent discrets, subtils, mais ils sont là. Le piège serait de ne pas les voir ou de les ignorer. Notre mission est de vous aider à capter ces signaux pour prévenir les dégâts avant qu’ils ne deviennent majeurs. La résilience ne repose pas seulement sur des outils technologiques, mais aussi sur des méthodes, des réflexes, et surtout sur les femmes et hommes qui les mettent en œuvre.

 

Q : Parlez-nous de la fraude interne, qu’est-ce qui rend sa détection si sensible ?

 

C. Cardonne : La fraude interne est sournoise car elle ne surgit presque jamais sans avertissement. En 2024, 64% des entreprises françaises, par exemple,  ont été victimes d’au moins une tentative de fraude. Les signaux sont là, mais souvent ignorés : changement soudain de train de vie, concentration excessive des pouvoirs, contournements des procédures, écarts entre prévisions et réalisations, ou encore un climat d’omerta où on sait mais on ne dit rien. Ces signaux sont des indices faibles qu’il faut apprendre à détecter.

 

Q : Quels leviers Arkane Risk recommande-t-il pour prévenir et détecter la fraude interne ?

 

C. Cardonne : Trois leviers clés :

1. Un canal de signalement anonyme, sécurisé et traçable, pour que les petits indices remontent sans peur de représailles.

Une analytique croisée entre les ressources humaines et les finances pour détecter les anomalies telles que les doublons, achats fractionnés, ou validations en dehors des horaires habituels.

2. La formation des managers pour identifier les comportements atypiques tels que l’isolement, le refus des rotations, ou l’insistance à « faire seul ».

3. Et dès qu’un soupçon devient un signal fort, il faut agir vite en figeant les traces, restreignant les accès, et segmentant la communication pour limiter les dégâts et préserver les preuves.

 

Q : Concernant la sûreté des infrastructures, comment un audit sérieux peut-il aider à faire face à des menaces hybrides ?

 

C. Cardonne : Aujourd’hui, les menaces ne se limitent plus à l’intrusion physique traditionnelle. Elles combinent intrusion, sabotage discret, attaque cyber sur des systèmes connectés comme le contrôle d’accès ou la vidéosurveillance, sans oublier l’exploitation des routines humaines. Un bon audit de sûreté couvre donc plusieurs aspects : les accès et flux, la surveillance électronique, la cybersécurité des systèmes, mais aussi les procédures, les réflexes, et la culture de sûreté. Ce n’est pas un simple rapport, c’est un plan d’action opérationnel hiérarchisé par risques, coûts et délais qui renforce la sécurité et l’image de l’entreprise.

 

Q : Quelle est votre recommandation majeure pour maintenir une sécurité efficace dans le temps ?

 

C. Cardonne : Un audit annuel. Les menaces, les usages, et les installations évoluent vite. Ce qui était sûr hier peut devenir vulnérable demain. La réévaluation constante est la clé pour rester protégé.

 

Q : Enfin, la psychologie de crise est souvent sous-estimée. Quel rôle joue-t-elle dans la gestion d’une crise ?

 

C. Cardonne : Une crise « techniquement soldée » n’est jamais terminée tant que les traces psychologiques restent. Stress, hypervigilance, culpabilité ou conflits latents fragilisent la performance et rallongent la durée réelle de la crise. Intégrer l’humain dans le cycle de gestion, avant, pendant et après la crise, c’est proposer un accompagnement psychologique aux managers et équipes, instaurer des cellules d’écoute, organiser des ateliers de retour d’expérience. Le but est de transformer la sidération en apprentissage collectif, renforçant la cohésion, réduisant l’absentéisme et accélérant la reprise.

 

Q : En résumé, quelle est la philosophie d’Arkane Risk face à ces défis ?

 

C. Cardonne : La résilience, ce n’est pas un simple slogan, c’est une pratique qui repose sur la vigilance aux signaux faibles, la mise en œuvre méthodique de garde-fous, et l’accompagnement humain. Il faut voir ce que les autres ne voient pas et agir vite et efficacement.